I
L'argument fondamental
qui devrait déterminer la volonté de garder la Chapelle dans un état
de "conservation" réside dans son historicité : on n'abandonne pas les
vestiges de presque HUIT siècles d'histoire locale quand cette histoire
s'inscrit dans la continuité des deux millénaires que connaissent nos
régions quelles que soient les perspectives des premières générations
d'un troisième millénaire. Ou peut-être en fonction justement de ce
que va devenir "une autre civilisation". Ou alors… il faut raser tout
Jodoigne pour faire place nette à l'avenir !
II
J'estime tout
aussi impératif un autre argument : la laïcité de plus en plus inévitable
de l'organisation de nos société contemporai-nes (et que ne prévoit-on
pas dans un avenir très proche!) ne peut en aucun cas contraindre chaque
individu à être privé des sources qui alimentent "sa" culture. "Une
église ouverte" a pris, aujourd'hui, une "signification" qui ne tient
plus compte de la rivalité entre croyants et incroyants et son ouverture
ne se limite plus à l'étroite particula-rité d'une religion. "L'espace
spirituel" pour les prochaines générations, deviendra une nécessité
devant les problèmes qui leur seront posés. Euthanasie, fécondation
in vitro et culture d'embryons, voire le clonage, le commerce des organes
de remplacement, le détricotage de la famille, les problèmes d'emploi,
d'intégration des minorités, etc. n'en sont que quelques uns qui les
attendent.
III
L'évolution de
plusieurs phénomènes sociaux prouvent que sur le plan strictement local,
"l'isolement" économique et culturel équivaut à un véritable suicide.
Il faut à tout prix valoriser le patrimoine et focaliser l'attention
des habitants autant que celle des visiteurs potentiels. Les uns et
les autres viendront alimenter l'épanouissement de la communauté. Il
ne s'agit pas d'entrer en concurrence avec les grands centres et autres
manifestations culturelles mais bien de prendre conscience de la "valeur"
même que représente le patrimoine local, comme la Chapelle du Marché
p. ex.
IV
Le temps est
l'élément le plus déstabili-sant aussi bien pour les sociétés que pour
le patrimoine culturel, architectural et artistique, qu'elles laissent
derrière elles. Et ce sont finalement des ruines qui deviennent des
pôles à ce point attractifs qu'elles sont classées "patrimoine mondial"
quand elles ne sont pas tout simplement désignées comme une des "sept
merveilles du monde". Il y a là une sorte de "sagesse" dans la résistance
à un futur révolutionnaire dans lequel se précipite une humanité dont
trop "d'apprentis sorciers" deviennent les mages. Jodoigne, et sa Chapelle
n'en sont heureusement pas là ! Mais à plus d'un point de vue l'originalité
de leur passé risque bien de disparaître définitivement : la particularité
de cette sorte de beffroi surmonté d'une flèche hélicoïdale p.ex. Laisser
disparaître un monument qui risque de devenir unique - s'il ne l'est
déjà pas - serait inadmissible.
V
Je trouve assez
contradictoire l'utilisation que l'on fait de la "façade" de la Chapelle
à des fins publicitaires, alors que la rénovation de l'intérieur ne
se réalise pas. De même que je trouve parfois dérisoires certains discours
que l'on tient pour la "résurrection d'une région" alors qu'on laisse
à vau-l'eau ses richesses historiques. Qu'est devenue JODOIGNE LE MARCHE
? Par ailleurs, je trouve rassurant que des "guides" n'hésitent pas
à faire entrer dans la Chapelle les groupes qu'ils pilotent et prennent
même le soin de demander qu'elle soit ouverte le jour de leur passage
à Jodoigne.
VI
Reste un argument
qui m'est personnel car j'ai eu la chance de pouvoir visiter des lieux
aussi célèbres que Rome, Athènes, Bénarès, Agra et le Taj Mahal, après
Paris, après les grands centres touristiques de la Belgique. Ces expériences
ont fini par me convaincre - en paraphrasant le Petit Prince de Saint-Exupéry
- que si c'est avec les yeux que l'on découvre ce que ces lieux ont
d'extraordi-naire, c'est avec le cœur qu'on en conserve toute l'émotion
ressentie devant leur beauté.
***
APPRENEZ A REGARDER
LA CHAPELLE DE NOTRE-DAME DU MARCHE. Vous découvrirez comme moi qu'à
portée de main, si discrète soit-elle, une "âme" vous y attend...